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Négociation retraites complémentaires : Pourquoi et en quoi s’agit-il d’un accord qui fera date ?

En l’absence d’un accord rapide, le déficit à l’horizon 2017 des caisses de retraite complémentaires des cadres (Agirc) et de l’ensemble des salariés (Arrco) qui assurent une part importante des pensions des retraités du privé, deviendrait intenable. Le diagnostic était partagé et imparable et il fallait de toute urgence trouver des économies. Et, déjouant tous les pronostics, les acteurs de la négociation n’ont pas tergiversé longtemps.

En quoi cet accord est il novateur ?

Il est certain que ce n’est pas de gaîté de cœur qu’ils l’ont conclu mais, dorénavant, il y aura, mesure quasi inédite, une désindexation des pensions de retraite par rapport à l’inflation. Prévue à 1,75% en 2013, la revalorisation se limitera à 0,5% pour Agirc et 0,8% pour Arrco pour cette année et sera de un point inférieure à l’inflation en 2014 et 2015. Ainsi, les pensions vont augmenter moins vite que l’inflation ce qui va affecter le pouvoir d’achat de millions de retraités.

Ce n’est pas, non plus, avec joie qu’ils l’ont acté, mais une augmentation des taux de cotisations de 0,1 point en 2014 et 0,1% en 2015 va être demandée aux 18 millions de salariés et aux entreprises avec, pour ces dernières, un versement mensuel et non plus trimestriel des cotisations. Ceci indiscutablement va affecter, pour les uns, leur pouvoir d’achat là aussi et leur trésorerie et leur rentabilité, pour les autres.

Pour la première fois, ce ne sont pas seulement les actifs qui mettront la main au portefeuille mais également les retraités. Il s’agit d’une véritable rupture avec les pratiques antérieures.

Un cas isolé, ou bien les prémices d’un changement radical des méthodes de conduite du dialogue social en France ?

Au-delà du contenu de l’accord du 13 mars en lui-même, je pense que nous assistons à la l’amorce d’une vraie révolution mentale qui va bouleverser en profondeur la culture de la négociation sociale en France.

Mon analyse est que les Organisations Syndicales, d’un côté et le MEDEF, de l’autre, ont dû pour parvenir à cet accord,  remettre en question leur vision de ce qu’est une négociation sociale, dépasser des perceptions réciproques très stéréotypées et surtout transcender des schémas figés sur ce qu’ils croient être la meilleure méthode de négocier. Il s’agit là d’un vrai cheminement interne très difficile à accomplir et qui, indéniablement, est à mettre à leur crédit.

Qu’est ce qui a évolué sans être nommé et pourquoi cela constitue-t-il une révolution dans la culture française de la négociation sociale ?

 – tout d’abord comprendre et accepter que c’est toujours un déséquilibre qui provoque la négociation: un changement de situation ou de contexte justifie une remise en question d’un existant fusse-t-il obtenu de haute lutte. Une partie au moins ne trouve plus son compte dans le statu quo actuel et souhaite le voir changer.

– qu’il existe une véritable interdépendance entre les différents acteurs. Chaque partie dépend de l’autre pour faire avancer ses intérêts. En d’autres termes, l’autre n’est pas l’ennemi à abattre, mais quelqu’un qui a une partie de la réponse à mon problème qui est commun et partagé. Ce n’est pas SON problème mais NOTRE problème. Nous sommes embarqués sur le même bateau.

– enfin, et c’est là le changement majeur de paradigme, accepter de dialoguer en sachant par avance que le résultant ne sera pas forcément une amélioration de l’existant mais son aménagement pour l’adapter à une nouvelle réalité. Il n’ y aura pas de création de valeur car il n’y a pas de « grain à moudre » possible. Et pourtant, ce n’est pas forcément une régression car il y a quelque chose à y gagner qui consiste à ne pas tout perdre. Cette attitude de « toujours plus » a constitué depuis des années un frein majeur à toute réforme. Quelque soient les études, les indicateurs ou les prévisions mis sur la table la seule attitude admise à aujourd’hui a été de combattre tout changement vécu comme un recul inacceptable et à accuser le vis-à-vis de l’échec ; s’accrocher envers et contre tout aux « avantages acquis », fussent-ils mortifères. Ce troisième point est à mon avis fondamental.

A partir de cette évolution mentale, la conduite des négociations sociales n’est plus régie par des dogmes idéologiques aveuglants et éloignés des réalités qui conduisent à l’intransigeance, ni par une perception biaisée de l’autre comme un adversaire qui brouille la communication. Dorénavant, il est possible de s’écouter et de se comprendre pour ensemble faire face à la nécessité de résoudre un problème commun qui s’impose à tous. Ainsi, tout au long du processus, pourra être gardé à l’esprit l’intérêt commun, ici le sauvetage du système des retraites.

L’énergie des négociateurs peut désormais s’investir à rechercher et à s’accorder sur les meilleurs critères d’équité pour répartir justement les efforts.

Des tabous qui sautent : un soulagement et une bouffée d’oxygène pour le Gouvernement

Oui, malgré des réserves «  de forme » exprimés par certains signataires, cet accord fera date. Les partenaires sociaux ont amorcé un véritable tournant dans la conduite des négociations sur les réformes à venir et plus particulièrement celle du régime général des retraites. Ils ont ouvert la voie au pouvoir en place pour agir sur les autres paramètres encore plus impopulaires et tabous : relever l’âge de départ à la retraite et allonger la durée de cotisations obligatoire.

Espérons que l’audace et la raison seront au rendez-vous.

Un commentaire Écrire un commentaire
  1. RAFFARIN François #

    Analyse évidemment intéressante de la part du « Maître ».
    2 observations :
    – un tel accord conclu aussi vite envoie à l’Etat un signe fort sur la capacité des partenaires sociaux à prendre leurs responsabilité, sans être tentés de renvoyer aux pouvoirs publics les décisions douloureuses !
    – et si nous pouvions, en plus, ne plus voir les effets de manche, coups de menton et autres préalables plus ou moins menaçants précéder les netrées en négo, ce serait top (je pense, dans le cas présent, notamment au MEDEF ayant semblé vouloir lier tout accord à une remise en cause de la durée de cotisation… ce qui n’était pas le débat !)

    Ceci dit, une hirondelle ne fait pas le printemps, mais c’est quand même une hirondelle !
    Amitiés
    F.

    mars 15, 2013

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