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Aéroport Notre-Dame-des-Landes : reculade ou victoire du « en même temps » ?

Après plus de 50 ans de polémiques qui ont empoisonnées la vie politique et divisé la région entre les partisans d’un nouvel aéroport et ceux de l’extension de l’aéroport existant, le dossier de l’aéroport de Notre-dame-des-Landes vient d’atterrir…hors piste. En effet,  dans ce dossier complexe, avec des enjeux énormes et où le compromis est impossible, le Gouvernement a pris la décision politique difficile d’abandonner le projet de construction et ceci malgré 179 décisions de justice favorables et un référendum local au résultat indiscutable qui avait débouché sur la victoire par 55,17 % des partisans du transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de NDDL. S’agit-il d’une bonne décision et est-elle juste ?

Aveu de faiblesse ou sagesse ?

Pour sortir de l’impasse, le Gouvernement pourrait donner l’impression qu’il a reculé face à une minorité de Zadistes (les 200 occupants permanents de la ZAD répartis sur 95 squats et les quelques 200 personnes qui la fréquentent régulièrement) qui ont entrepris une action illégale et parfois même violente d’occupation et ont fini ainsi par s’imposer à une majorité.

Or, si dans une démocratie la décision de la majorité doit demeurer la règle, gardons à l’esprit que l’histoire recèle de multiples exemples où une minorité agissante combattue à un moment donnée peut être acclamée après coup pour avoir anticipé un changement inévitable. Peut être est-ce le cas des opposants à NDDL aujourd’hui minoritaires qui auraient décelé avant les autres la réponse inappropriée au besoin de ce projet d’aéroport.

Dans ce cas, le Gouvernement qui se devait de trancher aurait réussi enfin à adopter une attitude sage et conciliatrice reposant sur le postulat que le monde est complexe. Comment arrêter le cycle des débordements violents sans user soi-même de la violence ? Cette attitude du « en même temps » suppose de sortir de l’espace du « ou » simplificateur pour rentrer dans l’espace du « et » plus propice à la résolution de problème car moins stigmatisant.

Large soutien populaire du Gouvernement

En effet, ceci permet de reconnaître que les versions et les sentiments des uns et des autres comptent et possèdent une valeur. Vous pouvez penser avoir raison ou vous sentir trahi et l’autre partie peut ressentir exactement la même chose. Comment déboucher dans ce cas à une décision juste et durable ?

Le Gouvernement avant de trancher a rencontré toutes les parties concernées afin que les camps des « pour » et des « contre » se sentent écoutés. Il a aussi donné une longue explication de son choix et informé des conclusions du rapport d’experts sur lequel il s’est appuyé. Enfin, il a ouvert l’option d’agrandissement de l’aéroport Nantes-Atlantique existant en fixant des délais de lancement des travaux et en exigeant l’évacuation de la ZAD (tout en donnant un délai pour le faire). Apparemment ceci a plu puisque selon le sondage Odoxa pour le Figaro, 76 % des Français approuvent le choix du Gouvernement. Pour la grande majorité des citoyens, il était temps qu’une décision courageuse soit enfin prise.

L’attitude du « en même temps » du Président Macron a souvent été moquée ou même considérée comme hypocrite. Et pourtant, elle dénote de sa part une volonté de prendre en compte la réalité de l’autre sans pour autant abandonner la sienne. Son attitude à l’égard de Trump l’illustre parfaitement. En effet, il vante « une très bonne relation personnelle » qu’il a avec le Président Américain tout en marquant les divergences qu’il peut avoir avec son homologue sur le Nucléaire Iranien et la lutte contre le changement climatique ou sa différence d’approche dans l’usage de Twitter dans sa communication. « Je ne tweete pas moi-même…car cela n’est pas compatible avec la distance qu’il faut pour gouverner et présider ».

Face à cette décision difficile, hormis les Zadistes qui ont clamé leur victoire, même le courant écologiste représenté aujourd’hui par le Ministre Nicolas Hulot a évité de verser dans le triomphalisme. Ce dernier a déclaré que « c’est la moins mauvaise des solutions qui a été retenue « . Il s’est empressé d’ailleurs de rajouter « qu’il n’a pas mis en jeu sa démission du Gouvernement pour l’obtenir « .

Un vaste chantier de négociations s’ouvre

En tout état de cause, cette décision implique l’ouverture de multiples chantiers de négociations et de médiations diverses avec des interlocuteurs variés et parfois difficilement identifiables. Il s’agit, dans un premier temps, du paiement des indemnisations et compensations à accorder à Vinci et autres industriels qui avaient signés des contrats avec les autorités, la réouverture à la circulation de la route des « chicanes » obstruée depuis plus de 5 ans, la restitution des 1650 hectares de terres agricoles aux anciens propriétaires expropriés de manière volontaire ou contrainte, la libération des terres agricoles occupées ou même exploitées illégalement etc… Puis, dans un deuxième temps et pour compenser cet abandon, le lancement des travaux de modernisation et d’agrandissement de l’aéroport de Nantes-Atlantiques pour répondre à l’accroissement du nombre de passagers et fluidifier le trafic des avions au sol, le développement de la plateforme rennaise, la mise en place d’un plan contre la gêne sonore et l’exposition au bruit etc…

Comment conduire ces négociations dans le respect des intérêts de l’État ?

  • en montrant qu’il ne transige pas sur la légalité,
  • en ne dilapidant pas l’argent du contribuable,
  • en ne créant pas de précédents par rapport à une cinquantaine de dossiers contestés dont 12 extrêmement sensibles et potentiellement explosifs (le site d’enfouissement de déchets radioactifs à Bure, le « Méga transformateur » de Saint Victor et Melvieu dans l’Aveyron ou celui du Contournement Ouest de Strasbourg etc…),
  • en ne provoquant pas de nouvelles résistances et oppositions à l’occasion du lancement des nouveaux travaux pour répondre aux promesses de croissance espérées par les clients et les entreprises,
  • en réussissant à dépasser le sentiment de « piétinement » des décisions de justice et du vote des habitants et, son corollaire, qu’il a capitulé et reculé devant une minorité face à une majorité qui se sent flouée, abandonnée ou sacrifiée sur l’autel de la « pseudo-écologie »…

Éviter un Larzac bis : Une tâche laborieuse

C’est Mme Nicole Klein, Préfète de Loire-Atlantique, qui est chargée de mener les négociations pour organiser le départ des Zadistes et le retour des expropriés. La tâche s’avère laborieuse mais pas impossible si elle parvient à manier la fermeté sur les intérêts non négociables tout en jouant la carte de l’apaisement avec les différentes parties prenantes. Il s’agit surtout de trouver les bons interlocuteurs avec qui négocier tant les Zadistes sont composés de profils très variés. Une délégation composée de deux d’entre eux, non encore désignés, et des représentants des associations historiques opposées au projet va être constituée. Il s’agit là d’une étape indispensable. Mais les questions principales qui se posent à présent : quel va être le coût final de cet abandon (les estimations varient entre 450 et 900 millions) et combien d’années faut-il pour mettre en place les nouvelles solutions ? L’essentiel demeure que l’État doit démontrer sa capacité à ne pas tolérer la perpétuation d’une zone de non-droit telle le Larzac.

Pour un décryptage des arguments et des intérêts des partisans et ceux des détracteurs à ce projet et du gâchis engendré par l’incapacité de négocier des précédents Gouvernements, je vous invite à lire mon article daté du 29 avril 2013 sur ce sujet. Vous y découvrirez la prédiction que j’avais faite sur le sort de cet aéroport.

Et vous, qu’en avez-vous pensé de cette décision ? Votre éclairage et vos commentaires sont les bienvenues.

 

 

 

 

 

3 commentaires Écrire un commentaire
  1. d Ormesson Jacqueline #

    Tout d’abord, il est agréable de voir que « Ghazal is back! »
    Je pense personnellement que ce gouvernement sait négocier et éviter des conflits inutiles. Il est étonnant de voir combien sa décision a recueilli l’adhésion de presque tous (mis à part les pauvres habitants qui vivent près de l’aéroport de Nantes qui va s’agrandir et supporter les nuisances, vivement une nouvelle génération d’avions !)
    Je suis quant à moi satisfaite de cette décision et attend de voir le comportement des zadistes qui, gagnants et bien traités (on leur accorde du temps pour partir) sont responsables devant l’opinion publique de la qualité de leur réaction et de leur départ. Bien joué, à suivre

    janvier 27, 2018
  2. Merci le CEN et merci à Michel Ghazal son président fondateur . Ces sujets toujours sont évoqués dans nos séminaires. Cette décision est-elle l’illustration parfaite d’un abandon ? Ont-ils céder à la pression, au chantage ? Ou bien au contraire s’agit-il de la prise en compte d’une étude objective des dossiers, des expertises des deux parties, et de la réalité d’aujourd’hui qui n’est pas celle de l’époque à laquelle le projet a été lancé. Les intérêts de tous ont changés. Nantes et Rennes , une fois adaptés aux besoins du transport aérien, feront le job ! Bien sûr restent le coût, le temps, les riverains… Michel évoque tout cela. En perception primaire, on pourrait penser que la décision est dictée par la pression et que l’on crée ainsi un précédent … Eh bien non : le sentiment qui émerge c’est que l’intelligence, la créativité, le respect (de presque tous) et la détermination ont pris part à cette décision

    janvier 29, 2018
  3. Guénaëlle B. #

    Merci pour cet article qui explique clairement ce dossier épineux, parfois difficilement compréhensible pour de nombreux Français. Les différents enjeux à venir pour le gouvernement sont identifiés : rester ferme et, en même temps, créatif pour trouver des solutions efficaces et pérennes.

    février 2, 2018

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