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Être en accord avec soi-même

Le conflit est une industrie en pleine croissance, il y en a aujourd’hui plus qu’hier et il y en aura demain plus qu’aujourd’hui. Entre directions et syndicats, entre voisins, entre conjoints ou encore entre pays, le conflit peut vite, s’il est mal géré, devenir destructeur.

En effet, il est toujours tentant de blâmer ceux avec qui nous sommes en désaccord. Plutôt que de s’attaquer au problème, les protagonistes ont tendance à se montrer du doigt et à rentrer dans un jeu de reproches et d’accusations réciproques, avec pour conséquences l’escalade, la détérioration de la relation et l’incapacité de régler le différend qui les oppose. Pourtant, s’il faut être deux pour qu’un conflit se noue, un seul suffit pour le dénouer. Changer son attitude d’hostile à respectueuse permet souvent une sortie de l’impasse. Même si l’autre ne nous respecte pas et nous attaque, nous pouvons choisir de lui montrer du respect et ne pas l’attaquer en retour.

Car qu’implique une négociation réussie ? Passer d’abord d’une vision gagnant-perdant de la négociation à une approche plus coopérative de gagnant-gagnant et, ensuite, préserver cette approche constructive, y compris dans des situations conflictuelles très difficiles.

Or, nous dit William Ury, riche de plus de trente-cinq années d’expérience sur le terrain en tant que médiateur, expert, formateur et écrivain de livres qui ont constitué des percées méthodologiques et pratiques majeures dans l’art de négocier : à la table de négociation, notre pire ennemi et obstacle c’est nous-mêmes.

Et c’est fort de cette observation qu’il nous propose, dans son nouvel ouvrage Être en accord avec soi-même, une approche en six étapes, pour être soi-même le moteur d’une solution et non pas celui qui aggrave le problème. Pour parvenir à cette négociation réussie, il faut d’abord et avant tout apprendre a négocier avec soi-même.

 Être en accord avec soi-même accroît les chances de mise en œuvre de la «Stratégie des gains mutuels» du célèbre Comment réussir une négociation au succès planétaire et dont Ury est le co-auteur. De même, ce nouveau livre permet, quand la partie adverse est coriace ou de mauvaise foi, de mieux préparer le négociateur à appliquer les recommandations de la « Stratégie du contournement » qu’Ury a développée dans Négocier avec les gens difficiles en tant que complément à la stratégie de base.

Dans Être en accord avec soi-même, William Ury analyse les obstacles à la négociation réussie que nous dressons nous-mêmes par notre attitude, notre tendance à réagir au quart de tour et notre vision de la vie qui conditionnent notre relation aux autres. Il propose ensuite les transformations à accomplir pour les dépasser: «passer dans son propre camp», «développer sa Mesore (MEilleure SOlution de REchange à un accord négocié) interne », « rester focalisé sur le moment présent et ne pas s’enfermer dans le passé ni se préoccuper en permanence de l’avenir », « changer son attitude interne à l’égard de l’autre en passant du rejet et de l’antagonisme au respect inconditionnel » ou encore « faire évoluer son état d’esprit de gagnant-perdant à gagnant-gagnant-gagnant en acceptant de donner avant de vouloir prendre ». Il nous ouvre ainsi l’esprit à ce qui constitue sans doute le simple bon sens.

Grâce aux multiples exemples tirés de sa pratique d’expert en négociation ou de médiateur, la compréhension des principes recommandés est rendue plus accessible et leur mise en œuvre, pas toujours évidente, est, elle, facilitée.

Tout comme Ulysse qui devait s’accrocher au mât pour éviter de céder au chant des sirènes, le négociateur se doit d’avoir de l’empathie pour lui-même et de rester ferme sur ses intérêts propres. En aucun cas, il ne doit les sacrifier pour sauver ou acheter la relation. Ainsi, face à l’antagonisme ou même l’hostilité, cette posture lui permet d’être moins réactif, de mieux identifier sa propre contribution au problème, et de négocier avec lui-même l’acceptation de sa part de responsabilité, aussi faible soit-elle. Ce faisant, il ouvre la voie à l’autre pour également accepter et reconnaître sa part plutôt que de chercher à se protéger et à se défendre en permanence. Ainsi, tout en conduisant à une satisfaction réciproque, ces changements d’attitude de notre part servent en fin de compte nos intérêts propres.

Au-delà de ses aspects pratiques indiscutables, William Ury interroge, dans les deux dernières étapes de sa méthode, notre vision de la vie. La ressentons-nous comme amicale ou plutôt hostile ? L’abordons-nous avec la peur de la rareté et du « gâteau limité » ou avec la confiance qu’il y en aura assez pour tous et qu’il est même possible de créer de la valeur ? Cherchons-nous à prendre et à recevoir, ou bien acceptons-nous d’abord de donner à l’autre ne serait-ce que le respect que tout être humain mérite sans attendre forcément un retour ? Commencer la négociation par ce que vous pouvez donner à l’autre plutôt que par ce que vous voulez lui prendre peut aboutir à un résultat surprenant de gagnant-gagnant pour tous.

La réussite de nos négociations externes passe par notre capacité à changer notre attitude interne vis-à-vis de nous-mêmes, de la vie et à l’égard des autres. Ce livre nous aide à devenir notre meilleur allié, celui sur qui nous pouvons compter pour faire face aux défis que nous allons devoir affronter.

À  la question que Bill Clinton lui avait posée sur son ressenti à sa sortie de prison, Nelson Mandela avait reconnu avoir éprouvé de la haine pour ses geôliers mais avoir décidé de ne pas garder de ressentiment, car, dit-il: «[…] si je gardais la haine que je ressentais une fois parti en voiture, je serais encore leur prisonnier ». Une belle leçon à méditer !

En nous poussant à abandonner nos rancœurs, à choisir le pardon et à opter pour une mentalité d’abondance plutôt que de pénurie, William Ury encourage au lâcher prise et à l’acceptation de la vie telle qu’elle est et non pas telle qu’on pense qu’elle devrait être. Ce livre apporte ainsi une dimension philosophique et presque spirituelle sur le sens de la vie. En un mot : comment être plus heureux.

Être en accord avec soi-même, pour mieux négocier avec l’autre, par William Ury éditions du Seuil, 180 p. 17,50 €

 

 

 

 

 

Un commentaire Écrire un commentaire
  1. Fadoie Mardam-Bey Mansour #

    Je pense qu’un tel livre mérite d’être lu et relu.

    Que de fois nous sommes en conflit avec nous-mêmes. Le plus important est de savoir se reconcilier avec soi-même, autrement dit s’aimer sans « se narcisser ».

    Les plus malheureux sur terre sont ceux qui ne savent pas donner de plein coeur à cause de la rancoeur qu’ils portent .

    La plus grande grâce que la vie peut nous offrir est de savoir aimer , à commencer à s’aimer soi-même et accepter son sort quelqu’il en soit.

    Savoir profiter des joies de la vie qui nous cache des surprises de tous genres.

    Heureux sur terre ceux qui aiment et qui s’aiment.

    août 25, 2015

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