Skip to content

Que peut la négociation face au terrorisme ?

Tant que les problèmes en Syrie et en Irak ne seront pas réglés, nous vivrons malheureusement encore et encore des attentats comme ceux terribles de ce 22 mars à Bruxelles et juste avant à Bamako, en Côte d’Ivoire, en Tunisie et en Turquie, pour ne citer que les plus récents.

La racine du mal est bien connue : Daech. Cette organisation dont l’objectif est de construire un état Sunnite à cheval sur la Syrie et l’Irak (le fameux Califat annoncé en juillet 2014 par leur chef Abou Bakr Al Baghdadi) et qui cherche à étendre ses tentacules partout où c’est possible (Europe, Afrique, Asie). Pour exporter son idéologie et combattre ceux qui la défie, elle recrute des jeunes en mal de sens qu’elle instrumentalise à souhait pour être des candidats au martyre « volontaires et librement soumis »[1]. Au Paradis qui va leur ouvrir grand ses portes, la cuillère qu’ils emportent dans leur poche leur permettra de participer au soi-disant festin que Mahomet leur a préparé sans parler de toutes ces vierges qui languissent de leur présence. Freud doit se retourner dans sa tombe n’ayant pas prévu cet effet désastreux et aveuglant de la frustration et la misère sexuelle du genre humain.

Nos gouvernements font tout ce qu’ils peuvent (sur les plans militaires, diplomatiques, renseignements et autres ) même si, les attentats de Bruxelles le prouvent, ce n’est jamais suffisant. Mais il convient en parallèle que les bien-pensants cessent d’opposer sécurité et liberté tout en exigeant de nos dirigeants de nous protéger. Ceci les soumet à « une double contrainte »[2] qu’on ferait mieux de leur éviter face à une situation aussi complexe. Je ne comprend pas non plus comment certains, pour bénéficier d’un scoop médiatique, ont pu divulguer stupidement une information si capitale en termes de lutte contre le terrorisme, que les autorités, grâce au renseignement, ont mis la main sur un listing de 22.000 djihadistes. Cela s’appelle de l’auto sabotage alors que l’autocensure aurait été un vrai acte de responsabilité.

Dans un article précédent[3] j’ai développé les 4 causes principales qui ont conduit à cette situation désastreuse et que les frappes militaires (et il en faut certainement) des plus grandes puissances ne parviennent pas à éradiquer. Face à cette menace protéiforme, j’ai proposé 4 pistes de solution permettant d’encercler Daech plutôt que de les attaquer frontalement dans une guerre asymétrique au résultat plus qu’incertain pour ne pas dire contre-productif. En effet, les innocents qui en sont aussi les victimes privent du soutien nécessaire des populations locales.

L’une des pistes vise à traiter directement une des causes de cette catastrophe qui nous pourrit la vie : le clivage ancestral Sunnite/Chiite qui date de presque 1500 ans[4]. Doit-il être considéré comme une donnée immuable et irréversible ?

Ma réponse est qu’il est grand temps d’attaquer cette cause de front et d’y consacrer toute l’énergie nécessaire et priver ainsi Daech d’une de ses sources nourricières.

Comment y parvenir ?

Si deux parties n’arrivent pas à se parler et à négocier directement leur conflit et leur différend, une procédure leur est proposée pour les y aider : la médiation. Sans m’attarder ici sur la description de cette démarche, je pense qu’il est possible de la tenter à condition de trouver l’instance idoine qui aurait le plus de chance de l’initier et de lui assurer la réussite. J’ai ainsi imaginé qu’en présence de deux autorités religieuses (Chiite et Sunnite), une autorité religieuse tierce acceptée comme neutre et impartiale pourrait remplir ce rôle. D’où ma suggestion que cela soit le Pape François. En février dernier, n’a-t-il pas esquissé après le schisme survenu en 1054 entre les Églises d’Orient et d’Occident, un rapprochement historique avec l’Église orthodoxe en rencontrant à Cuba le Patriarche Russe Kirill ? Je pense que tout le monde peut comprendre pourquoi je ne propose ni le Grand Rabbin de France ni le Dalaï Lama alors que mon idée de départ était de créer un comité de médiateurs constitué par ces trois autorités.

Beaucoup, non sans raisons, objecteront : comment est-il possible qu’un « mécréant » de Chrétien puisse s’interposer entre des musulmans ? Oui, je le concède, l’idée est utopique et folle, mais ne mérite-t-elle pas d’être tentée ? Ceci dit, l’important est de trouver une personnalité acceptable pour les belligérants. Si d’autres propositions de noms ont davantage de chances d’aboutir, merci de les soumettre.

Bien évidemment il ne faut pas s’attendre à un résultat immédiat. C’est une action de longue haleine, et alors ? Combien de temps a-t-il fallu pour réconcilier Catholiques et Protestants ? En ce moment même, et après un demi siècle de guerre et des milliers de morts, le Président Colombien Juan Manuel Santos n’est-il pas à deux doigts de conclure un accord avec les FARC obtenu grâce à la présence de quatre experts internationaux (dont un médiateur professionnel,William Ury, et de personnalités acceptées par les deux parties : Shlomo Ben Ami, Joaquin Villalobos et Jonathan Powell) ?

Première étape : présenter l’idée de médiation au Pape François

Depuis début janvier, je me suis fixé pour objectif de faire avancer cette idée en cherchant à obtenir une audience auprès du Pape François. Les pistes dont je dispose me permettant d’avoir une clé d’entrée n’ont pas encore abouti. Mais je ne désespère pas. Je lance ici même un appel à toute personne susceptible de pouvoir m’aider concrètement à obtenir cette audience de me le dire vite (info@fondationghazal.org). J’en serais reconnaissant.

Je le répète, la réponse à ce problème complexe est multidimensionnelle. Pour éradiquer Daech, il faudrait actionner plusieurs leviers : militaires, diplomatiques, politiques, communication, centres de déradicalisation, renseignement, formation des Imams et pourquoi pas…la médiation.

C’est la meilleure réponse concrète que j’ai trouvée à ceux qui m’interrogent sur ce que la négociation peut faire face au terrorisme.

À   bon entendeur…

N.B. « Une idée, un commentaire, un avis ? Ecrivez-moi dans l’espace réservé à cet effet à la fin de l’article. Utilisez un pseudo si vous préférez. Merci »

[1] http://www.negociateurs-sans-frontieres.fr/petit-traite-de-manipulation-a-lusage-des-honnetes-gens-analyse-par-michel-ghazal/

[2] http://www.negociateurs-sans-frontieres.fr/michel-ghazal-decrypte-la-strategie-de-poutine-sous-langle-de-la-double-contrainte/

[3] Pour ceux qui souhaitent le lire ou le relire voici le lien http://www.negociateurs-sans-frontieres.fr/michel-ghazal-vaincre-daech-la-methode-bush-ou-le-jeu-de-go1/

[4] Rappelons que celui-ci a été largement ravivé par la guerre livrée par Bush à l’Irakien Saddam Hussein pour soit disant créer le nouveau Moyen-Orient. Et pour quel résultat !!

9 commentaires Écrire un commentaire
  1. Sylvie Mischo Fleury #

    Remarquable proposition…
    Si vous passez par les responsables de la Communauté Sant’Egidio non seulement vous pourrez présenter et développer votre projet au regard de leur expertise chrétienne et diplomatique.
    Je pense aussi que le chemin vers le Pape en sera facilité…
    Si possible tenez-moi au courant.
    Sylvie

    mars 24, 2016
  2. BECQ Jean Marie #

    Merci cher Michel pour ta réflexion et ta magnifique proposition. Il est clair , pour moi que le 2 ( la dualité, le diabolos) est toujours l’origine d’un conflit et qu’il ne peut se traiter qu’ avec l’aide du 3 ( père, fils et Saint esprit pour les Chrétiens). Je vais en parler autour de moi et je poursuis mon accompagnement de conscience de cette passion de détruire qui sommeille en chacun de nous. Amitiés fidèles. Jean Marie

    mars 24, 2016
  3. eric farcis #

    Faut il un grand personnage pour entrer dans la médiation entre sunnites et chiites ..?
    L exemple du processus de « travail  » concernant le conflit de la colombie de plusieurs dizaines d’années me paraît satisfaisant : peu de bruit, des négociateurs investis de « pouvoir de négo » , des experts régulateurs et 2 à 3 ans de débats .. avec un cahier des charges donné par les « donneurs d’ordre politiques  » compétents …
    Mais ceux-ci ne sont pas identifiés dans les pays « arabes « et personne n’a « envie  » d’ y aller .
    Le Pape a réussi Cuba/ Etats Unis .. à la demande des 2 parties ..

    Bien à toi
    Éric

    mars 24, 2016
    • Michel Ghazal #

      Merci pour ce commentaire cher Éric. Justement la première mission de l’équipe de médiation qui serait mise en place si l’idée progresse est d’identifier les acteurs de premier et de deuxième niveau qu’il conviendrait d’impliquer dans le processus de réconciliation entre Chiites et Sunnites. Il est vrai, à ma connaissance, que ceci sera plus aisé concernant les autorités Sunnites mais d’autres pensent que les Chiites sont mieux organisés. Mais chaque chose en son temps…

      mars 24, 2016
  4. Tino Haddad #

    Merci cher Michel pour cette idée créatrice qui j’espère fera son chemin..
    Cependant, Le problème n’est pas seulement entre Chiites et Sunites, il est plutôt à l’intérieur du Sunnisme lui-même et principalement chez les wahabites de l’arabie Saoudite qui ont détourné la religion Sunnite avec le pacte de Najd et sont à présent assis sur la plus grande richesse de pétrole du monde qu’ils utilisent pour faire la promotion de leur secte….
    L’église Catholique est bien organisée, le Chiisme aussi, le sunnisme ne l’est pas et je ne vois ni le Roi Salman ni le guide khaménai prêts à s’asseoir avec le Pape, ne serait-ce que qq minutes…

    mars 25, 2016
    • Michel Ghazal #

      Il est évident que le problème est très complexe et qu’il ne faut pas s’attendre à ce que les parties avancent rapidement vers une solution. L’objectif doit être graduel et viser en premier d’apaiser ce conflit si ancien avant d’aboutir (ou pas) à une réconciliation. La première étape consistera à identifier d’abord les acteurs de chacune des deux communautés en mesure d’impacter et de faire avancer le dialogue. Certains pensent que cela est plus simple côté Sunnite (par exemple, l’Université Al Azhar en Égypte). D’autres pensent que cela est plus facile côté Chiite. Comme dans toute résolution de conflit, l’essentiel est de mettre autour de la table les bons interlocuteurs pour éviter le sabotage de ceux qui ont été oubliés.

      mars 25, 2016
  5. Gaby #

    Tres interessant, et tout à fait envisageable… le mediateur doit effetivement etre totalement neutre et empecher toute interference d’autres partis. Je ne suis malheureusement pas convaincu que le probleme n’est que de nature ideologique ou religieuse.

    mars 25, 2016
    • Michel Ghazal #

      Évidemment les causes du problème sont multiples. Je les développe dans l’article sur comment vaincre Daech. La réponse est multidimensionnelle et je cherche à faire avancer ici une des pistes de solution qui est peut être la plus utopique. Mais comme le dit le dicton : pour réaliser une chose extraordinaire, commencez par la rêver.

      mars 25, 2016
  6. Bruno Deschandelliers #

    Quelle belle démarche Michel ! Elle est à la hauteur des enjeux et de ton expertise. Je me demande quand même s’il ne faudrait pas impliquer les hautes autorités de toutes les religions monothéistes. Certes il y aurait un risque de dévoiement de l’objectif et de braquage des représentants Chiites et Sunnites contre le représentant Juif mais ce serait une caution magnifique dans cette tentative de médiation. Qui sait, les autorités Juives pourraient peut-être apporter leur contribution et lever un peu de pression sur le cas de Jérusalem !
    Amitiés.

    mars 25, 2016

Répondre

Vous pouvez utiliser du HTML simplifié dans vos commentaires. Votre adresse email ne sera pas publiée.

S'abonner au flux RSS des commentaires